• Cérémonie du Seppuku

     

        On ne connait pas l'origine de cette forme de suicide, mais la légende veut que Minamoto no Tametomo soit le premier à avoir commis le Seppuku, en s'ouvrant le ventre, en 1156 après avoir tenté un coup d'état contre la capitale. Macabre pratique provenant de Chine et employées par les femmes afin de prouver qu'en n'étant pas enceinte, leur vertu restait intacte.

        Symboliquement, l'éventration avait pour but de prouver la sincérité et la loyauté de la personne, puisqu'elle était capable par cette forme de courage suprême de mettre son cœur à nue.

        Le Haramesu, est un terme de respect pour désigner l'acte du Seppuku.Le ventre est très intimement lié à la naissance et à la vie.Au Japon, les différentes appellations montrent à quel point, le ventre est associé à la mort et en particulier au suicide.

       "En japonais, le terme 切腹 (seppuku) est plus formel, et typiquement utilisé dans les textes écrits et officiels. Il est formé d'après la lecture on héritée du chinois, du caractère 切 (« couper ») qui est lu setsu, et de è…¹ (« ventre ») qui est lu fuku. La lecture setsu + fuku donnant seppuku.

    Selon l'écrivain Christopher Ross, le terme populaire harakiri est utilisé dans la langue parlée japonaise, mais n'était pas utilisé dans les textes. Celui-ci est formé d'après une lecture japonaise native kun, des mêmes caractères mais dans le sens inverse : è…¹ (« ventre ») lu hara, et 切 (« couper ») lu kiru"

     

       Le ventre est le siège de la volonté, du courage et des émotions en Asie : Hara ookii, « vous avez un gros ventre », pourrait vexer en Occident, tandis qu'au Japon c'est un compliment qui veut dire « vous avez un grand cœur » ; à notre « parler à cœur ouvert » pour exprimer sa sincérité, correspond l'expression japonaise Hara no watte, « à ventre ouvert » ou plus exactement « en s'ouvrant le ventre » ; Hara no misenaï, « ne montrent pas leur ventre », signifie « cacher sa pensée », l'inverse se disant Hara no yomeru (« lire dans son ventre ») et signifiant qu'on peut « lire dans ses pensées », donc qu'il est honnête dans ce qu'il dit.

    Le seppuku ou « suicide par extraction des intestins » a longtemps permis aux nobles et aux samouraïs d'exprimer leurs dernières volontés. Tout comme, en Occident, les gentlemen « se brûlent la cervelle » c'est-à-dire se tirent une balle dans la tête, les Japonais s'immolent par l'abdomen, siège, pour eux, de la pensée et de la conscience de soi. C'est probablement la raison pour laquelle il existe une grande variété de mots pour désigner le suicide (jisatsu, en japonais7) :

    • le inseki jisatsu : suicide pour éviter la honte .
    • le gyokusaï : suicide d'honneur, largement pratiqué au cours de la seconde Guerre mondiale par les soldats japonais, pour éviter de se rendre .
    • le seppuku avec sa sous-catégorie extrêmement douloureuse, le jumonji-giri abordé au début de cet article.
    • le shinjÅ« : double suicide avec ses variantes :
      • l'oyako shinjÅ« : suicide des parents et du/des enfant(s) ;
      • le boshi shinjÅ« : suicide de la mère et du/des enfant(s) ;
      • le fushi shinjÅ« : suicide du père et du/des enfant(s) ;
      • le goï shinjÅ« lorsque le/les enfant(s) sont volontaires au suicide familial ;
      • le muri shinjÅ« dans le cas contraire ;
    • le kobara : suicide pour le bien des enfants ;
    • le robuka : suicide pour le bien de la famille ;
    • le funshi : suicide pour exprimer son indignation et sa révolte.

    Pour être complet, il faut citer l'oibara, qui figure dans le manuel du parfait samouraï(le Hagakure). L'oibara est le suicide d'inféodation. Il se subdivise en maebara et sakibara selon que le samouraï précédait ou suivait son seigneur dans la mort.

     

     

    La cérémonie du Seppuku se pratiquait généralement en public, et exigeait la présence obligatoire de trois personnes : le maître des cérémonies, garant que tout serait fait dans l'ordre.

    Il comprend une incision de l'abdomen de gauche à droite et une légère incision vers le haut à la fin.

    Certaines règles spécifiques doivent être respectées, particulièrement dans la cas d'un suicide ordonné par un seignneur ou les autorités.

    L'esthétique fait partie du rituel, les tatamis sont bordés de blanc et le samourai doit s'y agenouiller en appui sur les talons, sur un coussin blanc.

     

    Le rituel se pratiquait en kimono et s'exécutait de trois manières différentes, selon le rang social du guerrier.

    Le guerrier de rang peu élevé devait présenter le tanto (poignard-sabre) sur un socle de bois et l'élever vers le ciel.Il le baissait en inclinant la tête dans le même mouvement, tandis que dans le même temps le Kaishaku lui tranchait la tête d'un coup.

    Le Kaishaku était celui qui était chargé de couper la tête du guerrier, généralement un bon ami, homme de confiance, expérimenté et bon sabreur car sa tâche était délicate. Il attend le moindre signe de celui-ci pour le décapiter au sabre et lui épargner une mort dans d'attoces souffrances (Monshi).La décapitation avait souvent lieu bien avant que l'acte ne fut terminé.

     

    Le guerrier de plus haut rang avait en plus un étoffe traditionnelle (utilisée pour essuyer le sang sur la lame après le combat), dont il enveloppait la lame pour la saisir sans la toucher à nu afin de garder pure cette lame qui devait "juger" son âme.

    Il restait en position de "seiza", la lame sur la cuisse droite et inclinait simplement la tête pour faire signe au Kaishaku.

    Le guerrier de très haut rang, ouvrait son kimono dans la phase finale pour laisser apparaître son ventre.

    De sa main gauche, il désignait sur son ventre le point d'impact supposé de la lame.

    Il faisait le geste de planter le tanto et le Kaishaku lui coupait la tête avant le contact. La décapitation permettait à l'âme de s'élever vers le cosmos, tandis que dans le hara-kiri effectif l'éventration réelle l'âme retourne à la terre.

    A partir des guerres civiles sanguinaires du XII ème siècle, une méthode particulière de suicide s'associa à la tradition des Samourai (Le hara-kiri), et cette forme de supplice affreusement douloureuse que s'infligeaient les guerriers était la preuve manifeste que, malgré leur échec final, ils méritaient le respect de ses amis et de ses ennemis pour son courage physique, sa volonté et sa pureté de coeur.

     

    Les quatre grandes raisons de se faire Seppuku :

    - La défaite au combat : La défaite étant une perspective vraisemblable, et la capture un déshonneur insigne, il était logique que le suicide fût accepté comme une mort honorable pour le guerrier vaincu. Dès les toutes première chroniques japonaises, le suicide d'un combattant était considéré comme un moyen d'échapper à la honte, comme un acte courageux et honorable, et une preuve ultime de d'intégrité.

    - Les remontrances (Kanshi) : Acte qui permettait parfois d'adresser ses plaintes à l'Empereur. Nobunaga Oda reçut un jour une lettre de reproches d'un des ses vassaux qui en commettant le Seppuku attira son attention sur la situation catastrophique du Japon.

    - La sanction pénale (Tsumebara) : Instituée par les Shogun Tokugawa, elle permettait d'éviter la prison ou l'exil aux samourai. Privilège accordé à la classe des hauts fonctionnaires militaires, elle épargnait la honte au samouraï et à tout son clan. Cette condamnation capitale était réservée à la seule classe des guerriers et était interdite aux gens du peuple.

    - L'accompagnement dans la mort (Junshi, l'équivalent d'Oibara) : Directement inspiré de la Chine, où cette pratique était répandue, elle était la seule raison qui ne faisait pas suite à un échec.

    Lors de la mort de son seigneur, les samouraï prouvaient leur fidélité et leur attachement en suivant leur maître dans la mort. Cette pratique destructrice causa des pertes irréparables, ces Seppuku collectifs pouvant rassembler jusqu'à 500 guerriers, laissant leur clan exsangue et sans défense.

    Symboliquement, l'éventration avait pour but de prouver la sincérité et la loyauté du samourai, puisqu'il était capable par cette forme de courage supréme de mettre son cœur à nue.

     

     

     

         

    Il existe plusieurs terminologies pour désigner le suicide par éventration:

     

    - Le Seppuku Suru : rituel d'auto-éventration

    - Le Harakiri ou Hara o kiru : forme la moins noble d'auto-éventration.

    - Le Kappuku : littéralement "se couper le ventre".

    - Le Oibara ou Tsuifuku : littéralement "le ventre qui suit", indique un suicide par Seppuku, afin de suivre son seigneur dans la mort, par fidélité en ouvrant son coeur.

    - Le Hara o tsukamatsuru : faire offrande de son ventre aux Kami (dieux), connotation religieuse, forme très respectueuse et la plus noble.

     

    Le Shogun Tokugawa promulgua un édit, en mai 1663 , pour mettre fin à cette pratique qui conduisait à une dépense inadmissible de vies humaines.

    Le rituel du Seppuku se commettait en public, mais devant une assemblée restreinte. L'ensemble de la cérémonie était codifiée et le respect scrupuleux de ces codes était obligatoire.

    Selon le rang et la personne qui se préparait à cette acte, le sabre qui mettait fin à cette cérémonie était brisé.

    Les données étaient différentes sur le champ de bataille où le temps pressait, le guerrier précédait son geste d'un discours et si possible d'un poème d'adieu.

    En temps de paix, le samouraï habillé de blanc, écrivait un poème, agenouillé sur un tatami et derrière des paravents préservant des regards.

    Avec un poignard spécial (kusungobu) dont la lame est entourée de papier blanc, le samouraï pratiquait une double incision en croix dans l'abdomen. Une fois la deuxième incision pratiquée, un assistant (kaishaku) placé derrière lui, lui ôtait la tête rapidement d'un coup de sabre. La douleur insupportable était ainsi stoppée, une fois que le samouraï avait fait preuve de son courage

    Le Seppuku fut officiellement interdit en 1868.

     

     

    Les femmes n'avaient pas le droit à ce cérémonial. Elles se coupaient la veine jugulaire avec un poignard (tanto) qu'elles possédaient toujours sur elles. Dans certains cas, avec une autre femme, elles se tuaient l'une l'autre en même temps.

    Lors de la période féodale , « n'ayant pas le droit de se faire seppuku à la manière des hommes, les femmes se tranchaient la gorge avec un poignard après s'être entravé les jambes afin de garder dans la mort une attitude décente ».

    Les rites cérémoniaux n'étaient pas les mêmes que pour les hommes. Contrairement au seppuku , le suicide féminin pouvait se pratiquer seul. La section la veine jugulaire ou l' artère carotide, entraînait une mort rapide. Le petit poignard utilisé était un tanto ou plutot un kaiken , plus petit, que la femme portait toujours sur elle. Cette pratique était normalement réservée aux femmes nobles et aux femmes de samouraï.

    Cette forme de suicide ne s'effectuait que dans certaines situations  :

    En période de guerre, afin de préserver son honneur, avant l'arrivée des ennemis et en cas de défaite imminente.

    Une épouse de samouraï était sous l'entière responsabilité de son époux, et non pas de son seigneur. Si son mari venait à mourir, elle pratiquait le jigai en guise de loyauté, afin de le rejoindre dans l'autre monde.

    Parfois les servantes travaillant chez les familles nobles se donnaient la mort par jigai, suite à de cruelles intrigues ou en signe de loyauté envers leur maîtresse.

    Dans les temps anciens, il était de coutume que les femmes d'officiers condamnés à mort les précèdent en pratiquant le jigai.

    Chez les femmes de samouraï, en guise de protestation morale contre un mari dont le comportement serait intolérable.

    Un des derniers fameux exemples de jigai est celui de la femme du général Nogi Maresuke , Nogi Shizuko, qui s'est suicidée de cette façon avec son mari qui lui s'est fait seppuku à la mort de l'empereur Meiji en 1912.

     

    Influence du suicide rituel sur la culture japonaise

     

    Essentiellement pratiqué pendant la période Edo par les guerriers, puis par les militaires japonais jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le sepukku est plus rare et limité que son impact sur l'imaginaire collectif ou la culture japonaise.

    À la suite de l'échec d'un coup d'État mené par sa milice privée, le Tatenokai, l'écrivain et dramaturge Yukio Mishima, dénonçant le déshonneur du Japon, passe à l'acte en pratiquant un seppuku par éventration (suivi d'une décapitation), dans la matinée du 25 novembre 1970. Son compagnon Masakatsu Morita s'éventre à sa suite. Yukio Mishima, devenu ultranationaliste en 1967, exaltait les valeurs traditionnelles du Japon et le défi du bunburyōdō, la « double voie » qui unifie Lettres et Arts martiaux, l'art et l'action, l'éthique et l'esthétique. Cet acte héroïco-tragique, minutieusement mis en scène, marqua profondément les esprits, stupéfiés : de par la notoriété de l'auteur, de par ses idées alors taboues mais aussi parce qu'aucun seppuku n'avait été pratiqué au Japon depuis l'immédiat après-guerre et que l'épisode fut retransmis à la télévision.

    C'est le dernier cas célèbre de sepukku, mais il reste très particulier et se distingue par sa mise en scène et son caractère anachronique. Si la pratique du suicide rituel sous la forme du sepukku a quasiment disparu, il a profondément marqué la société japonaise contemporaine. Le taux de suicide au Japon se distingue par son ampleur : 32 000 suicides pour l'année 2009, taux annuel constant pour la décennie, soit 26 suicides pour 100 000 habitants (en comparaison, 9 pour 100 000 au Royaume Uni). Près d'un quart de ces suicides sont classés comme inseki-jisatsu, ou suicide visant à effacer une faute ou une responsabilité assumée. Ils concernent des directeurs d'entreprises, des hommes politiques soupçonnés de corruption ou visés par un scandale, mais aussi les chefs d'équipes dans une entreprise ou les chefs de famille. Parmi les cas récents, citons par exemple :

    • le ministre de l’Agriculture, Toshikatsu Matsuoka, accusé de corruption
    • Yojiro Nakajima, 2001

    Guillaume Carré, directeur du Centre de recherches Japon à l’EHESS, remarque que « traditionnellement, lorsqu’un échec est constaté, il est pleinement assumé, les Japonais cherchent rarement à fuir leurs responsabilités. » Même s'ils n'ont pas recours au suicide, les hommes politiques japonais tendent à démissionner lorsqu'ils doivent faire face à une faute, une accusation grave ou une menace de condamnation. Ils tendent également moins à faire appel que dans les pays occidentaux, où l'appel est souvent suspensif de la peine.

     

    Quelques personnalités s'étant donné le seppuku

     

     

     

     

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